Paul Beauchamp, «Lecture christique de l’Ancien Testament», Vol. 81 (2000) 105-115
Attempting a Christ-oriented reading of the Old Testament is a challenge which invites objections and obstacles. What is the degree of legitimacy or of necessity which the New Testament (the Gospels and Acts) provides for such a reading? We are concerned with those texts which set forth the principle itself rather than with individual citations; such a reading appears as inseparable from the foundations of the faith. Other texts are illuminating for us with regard to the way of carrying this out. This article presents the first lines of a response, by means of a hermeneutical conversion. It presupposes that one cannot distance oneself from the literal meaning and from its spiritual and theological content.
que cette position de Schweitzer reste une conjecture. Un facteur, cependant, peut lever en partie cette réserve. Nous bénéficions aujourd’hui d’un éclairage supplémentaire et décisif, puisque nous disposons de la clé de l’intrigue du récit biblique total après son aboutissement. Dans la mesure où cette clé est efficace pour nous convaincre quand nous l’appliquons, il nous devient plus facile d’admettre qu’elle n’ait pas échappé à l’acteur principal! Pourtant les conditions de participation à cette découverte doivent être soigneusement évaluées car nous sentons le danger qu’elle se réduise à un raisonnement déductif. Or il faut dire résolument qu’il rendrait invalide la découverte! Ce n’est pas le moindre paradoxe de la voie exégétique ainsi dégagée, mais c’est aussi son centre de vie, sa ligne de vérité.
Niveau théologique. L’historien peut bien hésiter à attribuer à Jésus lui-même cette interprétation de l’Ancien Testament. Il apportera des nuances: elle fut soudaine et non constante pendant son parcours. Il s’inspirera de Luc (24,44), qui unit finement, donc distingue, l’illumination postpascale et le rappel des exégèses du Jésus terrestre. Mais l’exégète, s’il est porté par une visée théologique, reconnaîtra dans le report sur Jésus (et notamment sur le Jésus historique) de l’exégèse apostolique des Écritures, l’intention des évangélistes. Si tel est bien le cas, l’interprétation christique de l’Ancien Testament a, pour l’exégète théologien, valeur normative14.
Mais nous nous ne sommes pas donné pour tâche de tracer ici une déontologie de l’exégèse. Ce ne sont pas des normes, qui peuvent être le fondement d’une exégèse, ni d’une théologie vivantes. Il est plus important de trouver à celles-ci une motivation, qui ne soit pas extrinsèque, comme l’est un précepte. En voici une: à l’intérieur et au plus profond de la relation de Jésus aux Écritures, les Évangiles nous font découvrir son obéissance. Elle prend forme de l’acceptation d’un "Il faut" (Mt 26,54; Lc 22,37; 24,44), par laquelle il s’unit au Père. A la lumière d’intelligence qui éclaire pour lui les Écritures, se joint donc une disposition intime de la volonté qui le fait communiquer au Père non seulement directement mais par l’intermédiaire du Livre. Il ne serait pas, sans cela, complètement solidaire de l’histoire des hommes.
Ceci doit nous guider sur le chemin des modalités par lesquelles est accessible à nous-mêmes une pareille exégèse de l’Ancien Testament.
II
1. Principes d’exégèse découlant du Nouveau Testament lui-même
Trouvons-nous dans le Nouveau Testament non seulement une invitation à marcher, mais aussi un éclairage sur la route à suivre pour une lecture christique de l’Ancien? Il ne s’agit plus ici d’une thèse, mais de la manière dont son exploitation fut mise en oeuvre. Quel est le style néotestamentaire,